✍️ Préambule
Au nom du peuple tunisien,
Nous, un groupe issu du peuple tunisien, membres du Mouvement Tunisna,
Convaincus que l’être humain est la finalité de toute législation et la source de toute souveraineté, et que sa dignité et sa liberté constituent le fondement de son existence et la condition de son progrès,
Reconnaissant que la Tunisie n’a jamais été une terre inerte, mais qu’elle fut depuis l’aube des temps un espace civilisationnel vivant. C’est là qu’est née la culture capsienne, venue du cœur de l’Afrique vers le Nord, et qui s’est implantée dans le sud de la Tunisie actuelle, confirmant l’africanité de la Tunisie et semant les germes de l’adaptation et de la créativité humaine.
De ces racines s’est constituée au fil des siècles la base du peuple amazigh, qui s’est mêlé aux prolongements libyens, nubiens et pharaoniques, avant de s’intégrer dans les réseaux méditerranéens par les migrations phéniciennes et l’émergence des premières présences puniques.
Dans ce contexte se sont également installées les anciennes migrations juives, apportant un élément religieux et culturel authentique au tissu tunisien. De cet héritage naquit la grande Carthage, avec sa constitution maritime, qui imposa son influence commerciale et culturelle sur les deux rives de la Méditerranée. Puis s’éleva le royaume numide, l’un des piliers de l’Afrique du Nord antique.
Par la suite, se sont succédé les puissances venues de l’extérieur : les Romains, porteurs de droit, d’urbanisme et d’agriculture ; puis les Vandales et les Byzantins, qui apportèrent des éléments des cultures orientales et occidentales de la Méditerranée. Durant cette période ancienne, le christianisme s’implanta et se diffusa dans l’Afrique romaine, faisant de la Tunisie un centre religieux et intellectuel majeur.
Avec l’arrivée de l’Islam arabe, la Tunisie devint partie intégrante de la grande civilisation islamique, centre scientifique et commercial, et lieu d’interaction entre écoles et courants de pensée. Sous les Fatimides, émergea le chiisme ismaélien, aux côtés du malékisme sunnite qui s’imposa ensuite, et de la présence ibadite au sud, reflétant la pluralité des croyances au sein d’une même religion et la richesse intellectuelle et spirituelle de l’Ifriqiya.
Au Moyen Âge, la Tunisie interagit avec le Maroc sous les Almoravides, Almohades et Mérinides, enrichissant l’identité commune du Maghreb. Le pays connut aussi les migrations andalouses après la chute d’Al-Andalus, qui apportèrent aux arts, à l’urbanisme, à l’agriculture et aux métiers une saveur civilisationnelle particulière.
Puis vinrent les Ottomans, qui consolidèrent la centralité de l’État moderne naissant et relièrent la Tunisie au Levant méditerranéen, jusqu’à l’instauration du protectorat français, qui imposa une colonisation directe tout en introduisant l’enseignement moderne et une administration nouvelle, déclenchant en contrepartie le mouvement national qui mena à l’indépendance.
Ainsi, au fil des millénaires, la Tunisie a absorbé toutes ces influences : africaine, amazighe, numide, libyenne, pharaonique, nubienne, méditerranéenne, punique, juive, carthaginoise, romaine, chrétienne, arabe, islamique sunnite, chiite et ibadite, andalouse, maghrébine, ottomane et européenne, et les a toutes intégrées en elle-même. La Tunisie n’a jamais été un simple récepteur, mais toujours une force de création et d’innovation, transformant ces apports en composantes de son identité nationale.
De cette interaction historique profonde est née l’identité tunisienne singulière :
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africaine par ses racines,
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amazighe par sa profondeur et sa culture,
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carthaginoise par son héritage,
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imprégnée du patrimoine civilisationnel islamique,
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méditerranéenne par son ouverture,
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plurilingue et multiconfessionnelle,
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riche de sa diversité culturelle,
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moderne dans ses institutions,
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et humaine dans ses valeurs.
Fiers des luttes et des sacrifices des générations passées pour l’indépendance, la liberté et la démocratie,
Affirmant que l’État moderne ne peut se fonder que sur la civilité et la neutralité absolue à l’égard des croyances, religions, origines ethniques et appartenances régionales, de sorte que la religion et la foi demeurent une affaire personnelle, et que l’État protège la liberté de conscience et de croyance et assure l’égalité totale entre tous les citoyens et toutes les citoyennes, sans privilège ni discrimination,
Reconnaissant que la dignité humaine est indivisible, et que tous les Tunisiens et toutes les Tunisiennes sont égaux devant la loi, quels que soient leurs religions, origines, langues, apparences, couleurs, physiques, handicaps ou sexes, hommes ou femmes, et qu’aucune distinction n’est admise en dehors de ce que garantit le droit en termes de droits et de devoirs,
Conscients que l’entrelacement du religieux et du politique, le nationalisme étroit, le régionalisme et toutes les formes de discrimination ethnique, culturelle ou sociale ont été, au long de l’histoire, parmi les causes majeures de conflits, de divisions et d’injustices,
Nous établissons un État qui sépare la sphère de la foi personnelle de celle de la décision publique, qui interdit toute forme de discrimination et de ségrégation, qui garantit à chacun de vivre librement ses convictions et empêche toute autorité d’utiliser la religion, l’ethnie, la région ou la doctrine comme instruments de domination ou d’exclusion.
Convaincus que la démocratie participative, l’État de droit et l’alternance pacifique du pouvoir sont la voie pour assurer la stabilité de l’État et l’unité du peuple,
Souhaitant que la Tunisie soit une partie active de la communauté internationale, attachée aux principes de paix, de coopération et de respect des droits humains tels qu’énoncés dans les conventions internationales, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme, les deux pactes internationaux et la Charte africaine,
Aspirant à construire une économie juste et durable, conciliant liberté économique et justice sociale, et respectant les droits des générations futures à un environnement sain et à des ressources préservées,
Convaincus que la culture, la science et la pensée libre constituent les piliers fondamentaux d’une société équilibrée, ouverte et créative,
Reconnaissant le devoir de l’État de protéger l’environnement et la nature, de préserver ses ressources, et de garantir les droits des animaux et des plantes, assurant l’harmonie de l’homme avec son milieu,
Considérant le rôle central de la jeunesse et de la femme, et l’obligation de l’État de les autonomiser pleinement et d’éliminer toutes les formes de discrimination ou d’exclusion,
Conscients de la nécessité de contribuer à la protection du climat et de préserver un environnement sain pour garantir la durabilité des ressources naturelles et la continuité d’une vie sûre pour les générations futures,
Œuvrant à réaliser la volonté du peuple d’être acteur de son histoire, convaincu que la science, le travail et la créativité sont des valeurs humaines suprêmes, visant le progrès et aspirant à l’apport civilisationnel, sur la base de l’indépendance de la décision nationale, de la paix universelle et de la solidarité humaine,
Affirmant que l’unité du peuple tunisien repose sur les valeurs de citoyenneté, diversité, justice et solidarité, et non sur une quelconque appartenance religieuse, ethnique, régionale, linguistique ou physique,
Nous, au nom du peuple tunisien, proclamons cette Constitution humaniste et civilisationnelle :
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une Constitution de liberté, d’égalité et de dignité,
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un Pacte pour la patrie commune qui accueille tous ses fils et ses filles sans exclusion,
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et une garantie d’un État civil, démocratique et laïque,
qui protège les droits, respecte la différence, interdit toute discrimination, préserve l’être humain, l’environnement, la nature et les animaux, et construit l’avenir.